Fluidifier la démocratie 2/2

Publié le par Mohamed FELLAH

Fluidifier la démocratie 2/2

La "démocratie liquide" n’est pas qu’un concept, elle a inspiré une multitude de pratiques visant à donner aux débats publics une densité démocratique forte, et à renforcer la légitimité d’une décision politique. Son principe qui n’a finalement rien de révolutionnaire se situe à mi-chemin entre la démocratie directe propre aux premières cités démocratiques et la démocratie représentative que nous pratiquons très largement ici, en France.

Ce principe démocratique original, et adapté à nos sociétés avancées, permet de ne pas déposséder un citoyen de son pouvoir de vote au moment d’un suffrage spécifique en lui donnant la possibilité de s’exprimer directement. Cette idée, qui aurait pu paraître très difficile à mettre en œuvre il y a encore quelques années, et à portée de main du fait des possibilités offertes par les nouvelles technologies et en particulier avec le vote électronique.

La théorie présentée par Zigmund Bauman, si on l'applique dans son intégralité, est à mon sens, excessive et inadaptable à un pays où la tradition parlementaire et ancrée depuis plus de deux siècles. L’auteur défend effectivement l’idée que pour chaque acte législatif, non seulement chaque citoyen doit avoir la possibilité de s’exprimer directement et donc de soustraire sa voix à son représentant, mais qu’il doit également avoir la possibilité de transmettre son vote à un délégué, ce qui rejoint le principe de la procuration pratiquée en France.

 

Les trois systèmes démocratiques

 

Même si l’idée défendue est séduisante j’y vois plusieurs limites au regard de notre système de démocratie représentative tel que nous le connaissons et pratiquons en France.

  • Le fait qu’un délégué puisse cumuler plusieurs votes ouvre la voie à toutes les dérives que nous pouvons retrouver dans les régimes autoritaires : achat de voix, délégués qui se transforment en leaders d’opinions et qui sortent du cadre démocratique, tentation du vote de classe voire communautaire, etc.
  • La tradition politique française reste celle de la démocratie représentative, et l’idée de se passer de représentants politiques est conditionnée au fait que chaque citoyen exprime le souhait s’exprimer personnellement pour chaque décision. Au-delà de l’infaisabilité technique d’un système de démocratie directe dans un pays de plus 60 millions d’habitants, nombre de nos concitoyens n’ont ni le temps ni l’envie de se prononcer sur tout texte législatif qui se présenterait. Et je dois dire qu’ici je les comprends et les rejoins !

Il y a pourtant possibilité de lever ces deux réserves pour cheminer vers un modèle de "démocratie liquide" adapté à nos institutions :

  • Organiser la possibilité de voter directement dans le cadre de projets de lois dont les enjeux sont considérés comme éminemment importants pour le pays : Sécurité, climat, politique énergétique, politique de défense, traités européens, et donc réforme du système des retraites !
  • Considérer que le citoyen qui n’use ni de de son vote direct ni de sa procuration exprime le souhait, par cette « passivité », de laisser son député voter en son nom, ce dernier pouvant cumuler l’ensemble des « voix passives » avant de s’exprimer à l’Assemblée.
  • Donner à chaque citoyen la possibilité de donner ou de recevoir une et une seule procuration comme nous le pratiquons actuellement.

Qu’un citoyen s'exprime directement par voie numérique moins de cinq fois par an ne peut pas être considéré comme une liquidation du système représentatif. Il s’agit même d’une vraie « soupape démocratique » qui peut permettre d’une part d’éviter l’exposition de nos parlementaires au moment de délibérations houleuses et d’autre part de s’assurer que notre démocratie conserve une forte vitalité en encourageant nos concitoyens à se pencher sur les grands enjeux du pays.

MF 

 

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