Grand Débat National : Chiche

Publié le par Mohamed FELLAH

L’annonce d’un grand débat national par notre Président de la République m’a d’abord surpris, avant de m’inquiéter puis finalement convaincu.

 

Surpris d’abord, car depuis le début la prise de fonction d’Emmanuel Macron nous avons objectivement assisté à une organisation verticale du pouvoir par l’Elysée. Ce phénomène a été tel que, quelques mois après son élection le plus jeune Président de la Vème République réussissait le tour de force de provoquer une fronde des territoires contre l’Etat et sa politique de recentralisation menée avec un empressement suspect et sans réelle concertation. Communes, départements et régions unis au-delà des clivages politiques contre un Etat sourd et centralisateur...

 

A cette première rupture territoriale s’ajoutait les coups de gueule successifs de « marcheurs » de la première heure pour dénoncer un « simulacre de démocratie » au sein du mouvement « En Marche » où la pratique de la concertation, marqueur fort de la campagne présidentielle, se serait finalement cristallisé au soir du second tour avant de s’évaporer au lendemain des élections législatives. 

 

Donc oui, entendre Emmanuel Macron annoncer l’ouverture d’un grand débat national avec la promesse d’aborder tous les sujets « sans tabou » a d’abord provoqué chez moi la surprise.

 

Puis est venue l’inquiétude. Je ne voyais pas comment, au moment où le pays connaissait des troubles graves et ou la raison semblait totalement étouffée par une espèce de fièvre populaire chaotique, il était possible d’encourager les français à se parler pour sortir notre pays de l’impasse. 

 

Les symboles, les mots, les actes parfois graves qui ont rythmé le soulèvement des gilets jaunes depuis de longues semaines ont plongé le pays dans un climat explosif tel, qu’imaginer que c’est un débat, où par définition l’on se parle et s’écoute, qui allait succéder à cette situation quasi-insurrectionnelle me paraissait être une idée surréaliste. 

 

D’ailleurs quelques heures après l’annonce de ce temps démocratique les dérapages et autres excès de langage ne se sont pas fait attendre : menace de la partie la plus radicale des gilets jaunes de perturber les débats partout où ils seraient organisés, désir de mettre en discussion des sujets sociétaux clivants, tentation de polariser la participation citoyenne autour de thèmes devenus l’apanage de l’extrême droite, etc. Autant de signaux qui m’ont laissé croire que loin de faire redescendre la tension nationale, l’organisation d’un débat ouvrirait l’épisode le plus paroxystique de la crise.

 

C’est d’abord la lettre du Président de la République puis ensuite son long échange avec les maires de France qui m’ont convaincu que je m’étais trompé. 

 

La longue lettre d’Emmanuel Macron est, je crois, un message positif dans le fond et dans la forme ; et je pense qu’elle sera reçue comme telle par une majorité des français. Le Président nous invite à l’interrogation sur tous les sujets qui sont constituent le ciment de notre nation : Fiscalité, politique environnementale, réforme des institutions, gouvernance, tout y passe. C’est une opportunité inédite pour chacun des français de faire part de son expérience, de ses idées et de ses propositions concrètes pour « réparer » le pays. Je ne vois pas d’autre exemple dans l’histoire récente d’un tel exercice à l’échelle d’un pays.

 

J’ai la faiblesse de croire que l’échange qui aura duré sept heures avec les maires n’était pas un exercice de communication mais une réelle prise de risque de la part du Président qui avait pourtant ici tout à perdre. Non, l’échange même s’il a été parfois ferme est resté courtois et a vraiment donné l’impression qu’Emmanuel Macron était prêt à faire radicalement bouger les lignes et réconcilier le pays avec lui-même. Après m’avoir surpris puis inquiété, notre Président m’a finalement convaincu.

 

Le débat est aujourd’hui lancé, charge à chacun de nous d’y apporter sa pierre…

 

MF

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