« Gilets Jaunes », la goutte qui fait déborder le vase fiscal ?

Publié le par Mohamed FELLAH

Comme la majorité d’entre nous, j’ai suivi avec intérêt la naissance puis l’évolution des manifestations organisées par les « gilets jaunes » sur l’ensemble du territoire national. Il faut le reconnaître, ce type d’événement quasi spontané est inédit de par son amplitude, et nous avons peut-être assisté ici au premier mouvement populaire d’envergure nationale né et organisé à travers les seuls réseaux sociaux. 

 

Difficile de dire pour le moment quelle évolution peut prendre ce mouvement sans « tête ni centre » dont on a du mal à cerner le contour des motivations et le profil type de ses acteurs. 

 

Un essoufflement du mouvement même s’il reste improbable pour le moment n’est tout de même pas exclu si son organisation ne se structure par vite ne serait-ce que pour coordonner ses actions et clarifier ses revendications. 

 

Une récupération politique est quant à elle impossible, l’unité des opposants à l’exécutif aux côtés des manifestants (de l’extrême gauche à l’extrême droite) rendant vaine toute tentative « monopolistique » par une organisation politique traditionnelle. Et c’est tant mieux !

 

Si le mode opératoire du mouvement des « gilets jaunes » est original, ses revendications le sont moins. Officiellement c’est la hausse du prix du carburant qui a provoqué la colère de plus de 200 000 français qui ont organisé les blocages du week-end dernier. Mais la vérité nous oblige à voir que le prix du carburant n’est rien de plus que la goutte qui a fait déborder un vase, celui de la fiscalité pratiquée en France. 

 

Avec plus de 45% du PIB la France affiche le taux de prélèvement obligatoire le plus important d’Europe. Cette réalité, n’est pas due à la hausse de la fiscalité pratiquée ces derniers jours sur le prix du diesel et n’est pas non plus apparue il y un an et demi avec l’élection d’Emmanuel Macron. Non, le fait que la France traîne comme un boulet un taux de prélèvement obligatoire insupportable pour chacun des français est un sujet qui a commencé à alimenter les débats depuis au moins…vingt ans. C’est d’ailleurs François Bayrou qui à l’époque avait tenté d’imposer, en vain, le sujet dans le débat politique. Question qui intéressait peu à l’époque.

 

Les « gilets jaunes » sont un symptôme donc. Un marqueur qui indique la limite au-delà de laquelle les français ne seront pas prêts à aller en matière de contribution fiscale.

 

Le sujet de la fiscalité et du niveau de contribution des français en appelle deux autres. 

 

D’abord celui de la dépense publique. Réduire la fiscalité ou plus simplement ne pas l’augmenter dans un contexte de croissance quasi nulle amène nécessairement à réduire les dépenses publiques. Or si nous sommes unanimes pour revendiquer une réduction de la pression fiscale, nous sommes moins enclins à faire preuve de créativité pour donner de pistes de réduction du service public. Même s’il est difficile de l’admettre, avec une dette publique de l’ordre du 100% du PIB, la France ne peut plus se permettre de vivre au-dessus de ses moyens à moins de se résigner et de remettre définitivement dans la main des marchés le destin du pays.

 

Ensuite celui des recettes. Ici l’actualité est particulièrement criante. Au moment où les « gilets jaunes » s’activaient pour contester une baisse de leur pouvoir d’achat, Carlos Ghosn PDG de Renault, était arrêté au Japon pour fraude fiscale. Ici ce sont des dizaines de millions d’euros qui sont en jeu…

La fraude fiscale représente pour la France près de … 40 milliards … par an. Traiter cette question cruciale dans un monde ouvert est tout sauf simple. L’échelon pertinent pour l’aborder n’est d’ailleurs par celui de l’Etat mais bien de l’Europe. Reste à espérer, sur cette question, que les différentes formations politiques se saisissent de la question et apportent des réponses au lendemain des élections européennes qui auront lieu au mois de mai 2019.

 

Que ce soit sur la question des dépenses publiques qu’il faut continuer à rationnaliser ou celui des recettes qu’il faut optimiser, les "gilets jaunes" nous disent une seule chose : « faites vite ».

 

 

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