Trois raisons de s’engager pour les élections européennes
Dans moins d’un an (le 26 mai 2019) se déroulera l’élection qui tient le triste record de scrutin le moins mobilisateur, les élections européennes. C’est un paradoxe aux explications multiples : L’Europe serait lointaine ; Le rôle et les missions des institution européennes seraient frappés d’opacité ; La commission européenne se nourrit de l’affaiblissement des Etats-nations ; etc.
Malgré tous les griefs que l’on peut faire à L’Europe qui reste un espace politique à construire, il n’en reste pas moins que l’on peut penser qu’une élection qui préside au destin de 500 millions de citoyens ne mobilise finalement que peu relève du plus pur paradoxe. On sait qu’une élection municipale incite à se rendre aux urnes car il s’agit de choisir « le chef du village » qui n’en reste pas moins l’un des nôtres, un voisin, bref un visage connu.
On comprend aussi qu’une élection présidentielle à travers sa personnification provoque un élan démocratique intense et même parfois irrationnel.
Mais s’il y existe un espace politique qui concentre la majorité des enjeux contemporains et qui mérite qu’on s’y intéresse sérieusement et de plus près c’est bien l’espace européen. Il y a bien entendu des dizaines de thèmes qui nous invitent à étudier de près le sujet de l’Europe mais je vais ici arbitrairement en souligner trois.
Les enjeux sont devenus continentaux
Nombre de sujets et autres questions ne peuvent trouver de réponses adaptées sinon à l’échelon européen. Pour prendre un sujet d’actualité, la question du réchauffement climatique revient sur le devant de la scène du fait des évènements malheureux qui frappent nos voisins directs ou lointains (Grèce, Etats-Unis, Japon, etc.). Qui peut croire que ce sujet peut être traité au seul plan national sans chercher le consensus à l’échelle européenne pour espère provoquer une réaction au niveau mondial ?
Même constat sur l’épineuse question migratoire qui ne peut et ne doit trouver de réponses qu’autour des pays qui composent l’espace Schengen pour trouver du sens. Réclamer des frontières nationales sans se soucier du voisin c’est nier que le phénomène migratoire de masse est devant nous et que seuls les espaces continentaux pourront y apporter des réponses appropriées, efficaces et respectueuses des principes humains élémentaires.
Nous pouvons faire le même constat à propos des questions économiques ou même monétaires. Si les pays européens pris individuellement ne sont pas en capacité de répondre à la déclaration de guerre économique du Président Trump c’est pour la bonne est simple raison qu’aucun d’entre eux ne peut faire face à la première puissance économique mondiale et tremble devant la moindre mesure de rétorsion agitée par le locataire de la Maison Blanche.
Résultat, chaque pays se range en spectateur devant la partie menée entre les géants chinois et américains. Une Europe unie portée par une voix unique aurait la possibilité de nous faire entrer collectivement dans la « cour des grands ».
Entre montée de populismes et risque d’abstention massive
On voit aux quatre coins de l’Europe des foyers nationalistes s’allumer avec son cortège de boucs émissaires et autres cibles faciles.
Comme le veut la tradition les immigrés ne sont pas en reste (cf. prises de positions de Viktor Orban en Hongrie prévenant prédisant « une invasion de la Hongrie par les musulmans », ou celle Matéo Salvini qui en bon perdant et parfait géographe a qualifié l’équipe de France « d’équipe africaine ».
Mais au-delà de ces bassesses purement xénophobes, le risque lorsque nous constatons une montée des extrêmes est que l’abstention si elle est importante, leur ouvre un boulevard jusqu’au parlement, ici européen, et leur permette de saisir les institutions pour espérer traduire à l’échelle de l’Europe ce qu’ils n’osaient même pas imaginer il y a encore quelques mois mettre en oeuvre sur le plan national.
Une Europe tournée vers le sud
Malgré l’histoire de l’union européenne pour qui l’élargissement s’est faite de l’Ouest vers l’Est, c’est bien au sud de la méditerranée que son avenir se dessine en silence. Deux phénomènes viennent pour moi appuyer ce pari :
La ruée vers l’Europe, essai de Stephen Smith traduit ce que va connaître le continent africain dans les 30 prochaines en expliquant que la population de ce continent va doubler d’ici la moitié du 21èmesiècle. La population du Nigeria va égaler celle de l’Europe avec 500 millions d’âmes sur la même période ! Quand on sait que l’Europe est la première destination des migrants africains et quand on comprend que notre continent ne pourra bien sûr pas accueillir plusieurs dizaines de millions d’ente eux, cela implique qu’il nous faut imaginer des nouvelles formes de coopérations avec les Etats africains. Or, seule une coopération à l’échelle européenne pourrait permettre de proposer un projet de co-développement d’amplitude continentale.
L’Union Pour la Méditerranée impulsée énergiquement en 2008 par le Président Nicolas Sarkozy a connu un coup d’arrêt du fait de la crise des subprimes, qui a rappelé l’ensemble des dirigeants européens au chevet de la banque centrale européenne et autres institutions puis du bouleversement provoqué par le Printemps arabe qui mettra à terre au moins quatre partenaires du projet d’Union Pour la Méditerranée : La Syrie encore en guerre aujourd’hui, l’Egypte et la Tunisie au bord du chaos et la Lybie revenue à un système politique tribal et qui a fait de l’immigration clandestine l’une de ses principales sources de revenus.
Sur ce dernier sujet il revient à l’Europe de faire du sud de la méditerranée une priorité. Aujourd’hui cet espace peut devenir à la fois un relai de croissance important (notamment en se rapprochant du Maroc et de l’Algérie) et l’espace politique où s’organisent les politiques migratoires que nous peinons aujourd’hui à articuler.
Continuer à tourner le dos au sud est, pour l’Europe, dommageable sur le court terme et suicidaire sur le moyen terme.
MF
