Crises croisées

Publié le par Mohamed FELLAH

Les événements qui nous font dire que tout va mal se succèdent à une vitesse vertigineuse ne nous laissant aucun répit et même plus le temps de nous livrer à un simple travail d’analyse. Les européennes et la percée exceptionnelle du FN, l’affaire Bygmalion et ses dégâts causés sur l’image d’une classe politique déjà bien abimée, un Président de la République qui bat des records d’impopularité et donne le sentiment que le pays est un bateau à la dérive, etc.

Ce qui, il y a quelques temps pouvait apparaître comme l’événement d’une année, est réduit  aujourd’hui à la simple actualité du jour, qui sera elle-même chassée par celle du lendemain.

Une question qui pourrait résumer  ce floue artistique général doublé du sentiment que notre destin collectif nous échappe chaque jour un peu plus : Mais bon sang qu’est-ce qu’il se passe ?!

La crise financière, qui n’a pas dit son dernier mot, a rapidement contaminé l’économie réelle et  ainsi fait le lit d’une crise sociale de plus en plus prégnante. La crise est là, on la constate tous les jours, elle n’est plus qu’un simple concept, elle est maintenant personnifiée.

Un mal n’arrivant jamais seul, à cette crise systémique s’ajoute une crise sociétale profonde. Plus pernicieuse car difficile à mesurer, ses conséquences n’en restent pas moins dévastatrices : vacillement du modèle familial, la laïcité dépassée par une société en pleine mutation, l’éducation interrogée. Aucun domaine de ce qui assure la vie sociale d’un individu n’est aujourd’hui épargné.

Face à ce constat accablant le système politique français apparaît  bien poussiéreux et inopérant pour ne pas dire totalement désuet. Et pour preuve, bientôt seulement un français sur deux votera et un électeur sur trois s’exprimera en faveur des extrêmes. Il nous faut donc nous interroger sur la nature et le fonctionnement même des institutions de notre République. Nous sentons bien que nous approchons d’un épilogue dont personne ne peut vraiment dire à quoi il ressemblera. L’homme de raison qui a tendance à verser dans le pessissisme m’amène à dire que tout cela va mal finir.

Mais l’homme de volonté que nous nous efforçons tous d'incarner me fait croire qu’il est encore possible de reprendre les choses en main et de mettre un "coup de barre" pour remettre le "bateau France" dans le bon sens. Je vois, à mon petit niveau, trois champs d’action prioritaires pour tenter d’endiguer cette hémorragie démocratique :

1) Un moratoire sur toutes les questions sociétales (éducation, laïcité, famille, etc). Une société en pleine mutation sur le plan économique n’a pas besoin d’être déstabilisée par des réformes dont personne n’arrive à percevoir ni l’urgence, ni les tenants, ni les aboutissants. Au coeur d'une crise économique toute réforme sociétale déchirre en peu plus la France et reveille des antagonismes dont nous n'avons pas besoin.

2) Une refondation complète du modèle de représentation politique du niveau national jusqu’au plus petit échelon local. Pour que les français regagnent le chemin des urnes, la France doit se sentir représentée dans toute sa diversité. Il y a par exemple trop peu de députés issus du monde de l’entreprise et la jeune génération est sous-représentée dans les conseils généraux.

3) Une révolution fiscale (comme le préconise Thomas PIKETTY) précédée d’un grand (et vrai) débat national. L’idée n’est pas d’aborder la question du niveau d’imposition (il s'agit d'un autre débat), mais bien de mettre fin à un système complexe et technique et dont l’opacité met à mal l’obligation de transparence auxquels ont droits les citoyens.

MF

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