Droit de vote des étrangers, une promesse socialiste de 30 ans.

Publié le par Mohamed FELLAH

Il faut revenir à 1981 et relire la proposition 80 du programme de François MITERRAND pour retrouver la première version d’un engagement qui ne verra jusqu’à aujourd’hui jamais le jour : Le droit de vote des étrangers (extracommunautaires) aux élections locales. Depuis c’est un véritable serpent de mer que les socialistes ressortent du chapeau quasi mécaniquement à chaque élection majeure (1981 donc, puis 1988 et enfin 2012).

François HOLLANDE n’a donc pas de son côté pas fait exception à la règle puisque l’engagement 50 du programme qu’il portera avant l’élection précise : « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans ».

Depuis son élection en mai 2012, cette question loin de continuer à alimenter les débats que nous avons connus durant la campagne, a été discrètement glissée sous le tapis par le gouvernement socialiste alors confortablement installé au pouvoir.

Depuis mai 2012 donc, pas de débat en la matière, calendrier encore approximatif quant à sa mise œuvre, esquives et autres excuses quand l’opposition ou parfois même des socialistes eux-mêmes interpellent leurs dirigeants sur la question. Tout est bon pour légitimer cet attentisme ; Tout est savamment mis en œuvre pour que cette mesure portant hautement symbolique et dont la promesse de son application a participé à l’élection du Président soit reportée aux calendes grecques. Et les excuses avancées en la matière ne manquent pas et les interrogations qu’elles suscitent non plus d’ailleurs :

« Les français ne sont pas suffisamment prêts ». Question : l’étaient-ils donc plus pendant la campagne électorale au moment où le droit de vote des étrangers était évoqué à chaque meeting socialiste.

« Il faut une majorité des trois cinquième au parlement » : Question : Espériez-vous avoir ¾ de parlementaires défendant les couleurs socialistes au moment des législatives ?

  • Pas de débat sur le fond finalement :

Il n’y pas eu de véritable débat sur l’idée même d’une telle mesure. Ce qui est regrettable car Il y aurait pourtant beaucoup à dire si elle devait trouver sa traduction dans la loi.

D’où vient cette promesse qui pourtant ne trouve son origine dans aucune revendication particulière ? Aucune association (clairement apolitique) ne s’est manifestée pour demander le droit de vote des étrangers.

Pourquoi ce droit s’il était appliqué devrait se limiter seules élections municipales quand on sait qu’en France la citoyenneté est indivisible ?

Si payer des impôts suffit pour justifier l’accès à ce droit souverain, quid des millions de français qui ne sont pas imposables (faut-il les exclure du processus démocratique), ou pis de ceux qui contribuent à des hauteurs considérables (et non, tous ne se sont pas exilés en Russie) ? Leur vote doit-il avoir plus de valeur ?

  • Une stratégie vieille de 30 ans :

Pour comprendre cette logique socialiste dont l’objectif inavoué se limite à capter un électorat (les français issus de l’immigration en l’occurrence) et à le conserver « sous tutelle » à travers une posture paternaliste, il faut revenir aux pratiques de F. MITERRAND qui fait figure de maître en la matière. Rattraper par les réalités économiques dès 1983, les mesures sociales qui l’avaient propulsé à l’Elysées deux ans plus tôt allaient être mises sous le boisseau. Il n’en faudra pas plus, à l’époque, pour que le divorce entre les socialistes et les classes moyennes soit entamé. Afin de colmater l’hémorragie et de maintenir son réservoir d’électeurs s’ouvre alors pour le PS un nouveau chapitre, Celui des mesures sociétales et de l’organisation d’officines pour capter puis canaliser l’expression des enfants issus de l’immigration : C’est l’ère touche pas à mon pote et de SOS racisme inaugurée par la « célèbre marche des beurs » de 1983.

  • Veulent-ils réellement ouvrir le droit de vote aux étrangers ?

Le Gouvernement s’empresse aujourd’hui d’expliquer que la mesure qui demanderait une loi organique (ce qui est vrai sur le fond) n’a pas la majorité requise pour espérer assurer l’approbation de ce projet de loi. Or, il suffit de voir la mobilisation sans faille du gouvernement et des parlementaires de la majorité au moment du débat qui précédera la loi du mariage pour tous, pour comprendre que quand on a les quasi-pleins pouvoir et que l’on veut vraiment, on peut.

La question étant, est-ce que ce gouvernement veut véritablement ouvrir le droit de vote aux étrangers ? Ma thèse est que deux raisons strictement politiques poussent F. HOLLANDE et son gouvernement à ne pas légiférer en la matière, en tout cas pas avant 2014.

La première et que cette question de société ô combien épineuse cristallisera une grande part de l’électorat contre les socialistes lors des prochaines échéances tant elle est difficilement explicable et se situe en rupture totale avec la tradition démocratique française : C’est la citoyenneté qui confère le droit de vote. Mêmes les français qui ont porté F. HOLLANDE aux plus hautes responsabilités attendent de lui des réponses économiques et sociales, de régler des problèmes de fond et l’urgence et ont d’ailleurs tenté de lui faire comprendre au moment du débat relatif au mariage pour tous.

La deuxième et que cette promesse si elle devait être une fois tenue, ne pourra par définition plus être faite à l’avenir. Or en la matière il semble que l’idée soit d’entretenir l’espoir et non de le traduire en acte.

Quoi qu’il en soit, si le droit de vote ouvert aux étrangers est inscrit dans la loi après 2014 cela signifiera que les étrangers extra européens pourront donc participer à l’élection de leur Maire en…2020 ! Soit 40 après la promesse de F. MITERRAND. Chacun appréciera. Mais après tout, F. HOLLANDE est élu, la mission accomplie doit-on penser cyniquement du côté de la rue Solférino.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article