Budget 2025 : Etat d'urgence pour les finances publiques

Publié le par Mohamed FELLAH

Budget 2025 : Etat d'urgence pour les finances publiques

S'il faut trouver une vertu à la crise politico-financière que traverse actuellement notre pays, c'est peut-être celle d'avoir mis la question des finances publiques et celle de la dette en particulier dans le champ de vision de la préoccupation des Français. Ce qui était un "non-sujet" pour l'opinion il y a encore quelques semaines a fini par susciter un véritable intérêt chez les Français et même devenir une réelle source d'inquiétude. Et pour cause, les chiffres reflétant la santé financière de nos institutions donnent le vertige : plus de 3200 milliards de dette, déficit public de 6,1 % en 2024 (soit 167 milliards), une balance commerciale dont le déficit est devenu structurel, etc.

La première question que chacun peut être amené à se poser est : Comment en est-on arrivé là ? Je crois que pour comprendre la situation actuelle, il faut porter notre regard sur deux temporalités : le temps long (les cinquante dernières années) et le temps court, l'année 2024, au cours de laquelle les finances publiques françaises ont connu un dérapage inédit.

Sur le temps long, le déficit public des finances publiques françaises n'est pas une nouveauté ni un accident. La France vit au-dessus de ses moyens depuis 1974 (dernière année au cours de laquelle l'État a voté un budget à l'équilibre). Depuis, les gouvernements successifs s'endettent systématiquement pour boucler leur budget, et ce qui devait être exceptionnel est devenu un mode de gestion intégré et admis. L'endettement continu du pays a notamment rencontré deux pics qui ont accéléré le phénomène : la crise financière de 2008 et la récente crise provoquée par le Covid, à laquelle le Président de la République a répondu par le devenu célèbre "quoi qu'il en coûte". Formule qui a depuis pénétré les foyers des Français en laissant entendre que l'argent magique était à la portée de l'État et que la dépense publique n'avait finalement pas de limite.

Sur le court terme, l'année 2024 réserve encore son lot de mystères qui seront probablement élucidés par les conclusions de la commission d'enquête qui occupera les parlementaires dans les semaines qui arrivent. Mais nous avons déjà des indices qui démontrent qu'il y a eu au mieux négligence de la part des acteurs de Bercy et au pire dissimulation de la situation. Est-ce que des alertes ont été données, comme cela semble être le cas dès février 2024 ? Est-ce que le calendrier électoral a eu raison d'une hypothétique loi de finances rectificative ? L'ancien ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a probablement un début de réponses à ces questions...

Pour revenir au projet de loi de finances 2025, il s'agit très clairement d'un budget d'urgence dont l'objet n'est pas de réduire l'endettement de la France (le pays s'apprête à emprunter plus de 300 milliards en 2025) mais de rassurer. Rassurer les marchés financiers et éviter une hausse des taux d'intérêt qui serait provoquée par une nouvelle dégradation de la note de la France. Rassurer les partenaires européens, au premier rang desquels l'Allemagne, qui voit d'un mauvais œil la dérive financière de son voisin et principal partenaire économique. Et enfin rassurer les institutions européennes qui ont déjà engagé une procédure pour déficit excessif contre la France et qui attendent d'elle des projections sérieuses et rassurantes tant sur le plan économique que budgétaire.

60 milliards, c'est le plan de redressement proposé par le Premier Ministre, Michel Barnier. Je crois que, face à la situation particulièrement dégradée de nos finances publiques et à la nécessité de réagir dans un temps court, ses marges de manœuvre sont très étroites. Et il est fort à parier, au regard de la composition de l'Assemblée nationale, que le texte actuellement débattu en commission des finances sera très largement amendé.

En ma qualité d'adjoint en charge des finances de la ville d'Agen, c'est surtout l'effort demandé aux collectivités locales qui m'a interrogé ces derniers jours. Le projet de loi de finances prévoit une réduction de l'ordre de 5 milliards pour le monde des collectivités locales. Si la participation des collectivités à l'effort national peut être admise, il faut tout de même rappeler qu'elles ne sont en rien responsables de la dérive de nos finances publiques. Contrairement à l'État, elles sont d'ailleurs tenues, chaque année, de présenter un budget à l'équilibre et seuls leurs investissements peuvent être assurés par un recours à l'emprunt.

L'endettement des collectivités locales est stable quand celui de l'Etat s'envole !

Mais au-delà de ces questions comptables, il faut intégrer le fait que les collectivités locales, étant le principal moteur de l'investissement public (70 %), leur mise à contribution massive telle qu'elle se dessine aura immanquablement un effet récessif sur les économies locales. Le remède risque ici d'être pire que le mal ! Prenons l'exemple de la ville d'Agen, qui présente à ce jour des finances saines et qui investit massivement chaque année. Nous constatons depuis au moins deux ans une augmentation de nos dépenses de fonctionnement du fait de phénomènes extérieurs (inflation, hausse du coût de l'énergie, augmentation du point d'indice des fonctionnaires, etc.). La ville doit assumer seule ces nouvelles dépenses et donc procéder à des arbitrages pour conserver une capacité d'investissement. Les mesures gouvernementales, telles qu'elles sont annoncées, vont grever le budget de la ville dès 2025 en détériorant son épargne.

Tout l'enjeu pour la majorité municipale agenaise, dans ce contexte de plus en plus contraint, sera de tenir ses engagements de mandat jusqu'au bout, en continuant à veiller à la santé financière de la ville tout en conservant notre politique de stabilité fiscale.

MF
 

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