Budget municipal 2023, changement d'époque.

Publié le par Mohamed FELLAH

Le déroulement mandat municipal actuel n’aura finalement vraiment rien de commun. Souvenez-vous, nous sommes élus le dimanche 15 mars 2020 à l’issue d’une campagne électorale dynamique, rythmée et menée alors que le France entrait progressivement et à bas bruit dans une crise sanitaire sans précédent ; et dès le lendemain du premier et unique tour, lundi à midi, la ville d’Agen comme l’intégralité du pays connaîtra une série de mesures de confinement qui nous paralyseront durant de longues et angoissantes semaines.

En ma qualité de jeune adjoint aux finances, les premières semaines du mandat ont été un véritable baptême du feu puisqu’il s’agissait de bâtir un budget alors que l’activité de la ville, avait drastiquement ralenti du fait du confinement et que nous étions dans l’incapacité, à l’époque, de déterminer les dépenses nouvelles qu’allait provoquer la crise sanitaire. Dès les tous premiers jours du mandat j’avais admis l’idée que celui-ci ne serait pas comme les autres.

Notre maire, Jean Dionis, n’aura d’ailleurs pas manqué à l’époque de nous préparer psychologiquement dès le premier conseil municipal : « mesdames et messieurs les élus notre mandat sera celui de la crise sanitaire, nous sommes les élus du coronavirus ». Et notre maire avait raison ; nous pensions tous en mars 2020 que cette crise sanitaire serait l’évènement le plus marquant que nous aurions à affronter collectivement durant les prochaines années. Nous le pensions, jusqu’à ce que le Président Russe décide moins de deux ans plus tard d’envahir son voisin ukrainien provoquant par là un conflit qui plongera la scène internationale dans une crise sans précédent depuis la guerre froide.

En plus de la crise sanitaire, dont nous ne sommes pas totalement sortis, nous voici aujourd’hui confrontés à un conflit à la porte de l’Europe aux réactions en chaînes dévastatrices : Fuite des populations ukrainiennes vers l’Europe de l’ouest, amplification du phénomène d’inflation du fait du ralentissement des chaînes d’approvisionnement, explosion du prix de l’énergie avec une obligation pour les pays européens de redéfinir leurs sources d’approvisionnement et leur mix énergétique.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a et aura des effets dont nous n’avons pas encore fini de mesurer l’amplitude sur les plans économique et financier. Les collectivités, comme les familles et les entreprises ne sont pas épargnés et sont notamment confrontées à une inflation qu’elles n’avaient jusqu’à ce jour ni jamais rencontrée ni bien sûr anticipée.

Pour reprendre l’exemple de la ville d’Agen, nous nous apprêtons pour l’exercice de l’année 2023, à augmenter de près d’un million d’euros le budget consacré aux fluides (gaz, électricité). Un million ce n’est ni plus ni moins que 15% de l’épargne que la ville s’efforce de dégager chaque année pour assurer son autofinancement.

Et la douche froide pour les finances de la ville ne s’arrête pas là, puisqu’il il nous faudra ajouter à ce surcoût, une hausse de près de 15% sur l’ensemble de nos charges à caractère général qui regroupent l’ensemble des achats qui nous permettent d’assurer le fonctionnement de la collectivité.

Certes l’État prévoit des dispositifs pour atténuer ce tsunami inflationniste. Le « bouclier tarifaire » ou le « filet de protection » sont débloqués par Bercy pour aider les collectivités à amortir le choc financier, mais la ville d’Agen du fait de sa taille et de sa bonne santé financière, ne bénéficiera pas de ce privilège (on sanctionne les bons élèves…).

Face à ce séisme qui secoue le monde des finances locales quelles sont nos options ?

Augmenter les taux d’imposition des foyers agenais ? Piste inenvisageable à moins de revenir sur notre premier engagement de mandat qui consacre la stabilité des taux communaux. Refermons tout de suite cette piste.

Réduire nos dépenses d’investissements et donc abandonner des projets ? Solution qui aurait la vertu dispenser la ville de s’efforcer de dégager une épargne significative comme nous le faisons chaque année. Mais les effets ne seraient que très relatifs et mettraient la ville dans l’incapacité d’investir à l’horizon de quatre à cinq ans.

Contenir, puis réduire nos dépenses de fonctionnement ? C’est la piste que nous avons choisi de privilégier avec la majorité municipale. Concrètement, la ville s’apprête à absorber plus de 1,5 M€ de dépenses supplémentaires du fait des évènements cités plus haut et ce dès 2023. Il faudra donc décider et agir vite.

Avec monsieur le maire, nous avons très vite convergé vers l’idée qu’il fallait privilégier les économies appliquées aux secteurs les moins impactants pour les familles agenaises. Cela va nous amener en priorité à tout mettre en œuvre pour réduire la consommation d’énergie de la ville (j’y reviendrai dans ma prochaine chronique). Il nous faudra dans un deuxième temps mettre le secteur consacré aux évènements à contribution, non pas que les animations que la ville porte ou organise ne soient pas importantes pour la vie sociale des agenais, mais parce que notre inventivité peut et doit nous amener à continuer à faire la fête à moindre coût dès l’année prochaine. Enfin, et pour compléter ce « pack-économie » nous solliciterons chaque élu en charge d’une délégation qui, accompagné de nos cadres territoriaux auront la charge de déterminer, action par action, ligne par ligne, chaque situation particulière pour laquelle une économie même modique est envisageable l’année prochaine. Exercice d’autant plus difficile qu’il nous faudra veiller à ne pas dégrader le niveau de service public rendu quotidiennement aux agenais.

La préparation du budget 2023 que nous avons volontairement anticipé est un exercice âpre et difficile, mais la lucidité doit nous faire prendre conscience collectivement que le monde des finances publiques a définitivement changé d’ère. Cela ne doit ni nous décourager ni nous résoudre à l’immobilisme. C’est même le reflexe opposé qui doit provoquer chez nous une réaction : Faire preuve d’inventivité pour continuer à moderniser la ville tout en continuant à proposer des services adaptés, le tout accompagné d’un budget municipal qui se contracte.

Oui les collectivités ont définitivement changé d’époque, il nous revient de nous adapter avec courage et détermination.

MF

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