Union européenne : La France prend la présidence pour une Europe plus souveraine
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La polémique née de l’apparition du drapeau de l’Union européenne flottant au cœur de l’Arc de Triomphe aurait pu avoir un mérite : amorcer un débat de fond sur la question de la présidence du Conseil de l’Union européenne par la France, du 1erjanvier au 30 juin de cette année. Nous avons pourtant là un évènement politique majeur pour le pays qui se voit endosser cette responsabilité de premier plan pour la 14èmefois depuis le lancement de la construction européenne. Conformément au principe de la « présidence tournante », une telle occasion ne se produisant que les 13 ou 14 ans pour chaque État membre de l’Union. Il faudra donc attendre 2035 pour retrouver la France à ce niveau de responsabilité à l’échelle européenne !
Le débat démocratique accompagnant cette séquence politique aurait été d’autant plus bienvenue que le Président de la République, Emmanuel Macron, a décliné les priorités qu’il souhaitait porter à la tête du Conseil de l’UE lors de sa conférence de presse du 9 décembre dernier.
Certes, depuis l’entrée en vigueur du fameux traité de Lisbonne en 2009, les compétences du Conseil de l’Union européenne sont diminuées, mais il n’en reste pas moins que la France étant un État moteur de l’Europe, et regardé comme tel par ses partenaires, le semestre européen qui s’ouvre sera regardé comme celui de la mise en lumière de la vision française de l’Europe.
En expliquant vouloir « Passer d’une Europe coopérative à une Europe puissance, libre de ses choix et maître de son destin » le Président de la République a offert une occasion inédite aux français de s’interroger sur les ambitions françaises pour l’Europe dans un contexte international instable et traversé par des crises et défis multiples.
Sur la question de la souveraineté et notamment la question du pacte asile-migrations,l’ambition française sera de coordonner la maîtrise des frontières continentales à travers une révision des accords de Schengen et de prêter main forte aux États frontaliers mis en difficultés par de grands mouvements migratoires en renforçant le dispositif Frontex. Jusqu’à présent, le bon équilibre, entre la responsabilisation des pays de première entrée (Grèce, Italie) et les autres membres de l’Union qui doivent de leurs côtés accepter d’accueillir des réfugiés (ce que refusent les pays d’Europe centrale et orientale), n’a jamais été trouvé. Voilà un premier sujet qui mobilisera la présidence française et qui mérite d’être largement débattu dans le calme à l’échelle de chaque pays du continent.
En matière de défense, la volonté de renforcer la politique de défense européenne devient une nécessité impérieuse. La « Boussole stratégique » qui sera très probablement adoptée par le Conseil européen au mois de mars sera un texte important qui marquera un tournant dans la stratégie européenne de défense puisqu’il actera l’idée d’entreprendre une autonomie en la matière et donc de sortir progressivement de la tutelle militaire assurée par l’OTAN (et donc pas les États-Unis). Chaque français a en mémoire le retrait brutal des troupes américaines d’Afghanistan au cours de l’été 2021, évènement aux conséquences tragiques qui a mis en lumière l’impuissance de l’Europe au Moyen Orient.
Le président de la République a également choisi de faire du sommet avec l’Union africaineune des priorités de sa présidence avec la volonté de refonder des relations entre les deux continents autour de grands enjeux (éducation, santé, climat, sécurité). Nous avons là une série d’enjeux de premier plan pour l’Europe et pour la France en particulier du fait de son statut particulier en Afrique. Les études démographiques prévoient un doublement de la population sur le continent africain d’ici 2050 (le Nigéria, fort de ses 410 millions d’habitants, sera aussi peuplé que l’Europe) mais également que la moitié de ses habitants aura moins de 25 ans. Vu sous l’angle démographique et Comme l’écrit Christophe Prat « Le futur de l’Europe se joue en Afrique ».
Certes les priorités du Président de la République, à la tête de l’Union du conseil européen durant les six prochains mois seront parasitées par une série d’évènements connus (élection présidentielle en France, gestion de la crise sanitaire à l’échelle européenne, envolée des prix de l’énergie et des matières premières) ou inattendus (on se souvient qu’en 2008, Nicolas Sarkozy, qui prenait la tête de l’Union au nom de la France a dû affronter trois crises majeures : Guerre entre la Russie et la Géorgie, rejet du traité de Lisbonne par les irlandais et bien sûr la crise financière puis économique provoquée par la faillite de la grande banque américaine Lehman Brothers.
Mais aujourd’hui la France a l’opportunité de présider au destin de l’Europe, il revient à chacun d’entre nous, alors que la campagne des élections présidentielles démarre de s’emparer de ce sujet pour lui donner toute la dimension qu’il mérite.
M.F