« Les peuples périphériques » : Regard sur le coup de tonnerre Trump
Analyser le destin des nouvelles classes populaires au XXIème siècle, à l’heure de la mondialisation, c’est entrer dans le disque dur des fractures françaises et du malaise démocratique.
Comme la majorité de ceux qui observent le monde politique, la victoire de Donald Trump m’a littéralement sonné. La surprise fût à la hauteur de la certitude que j’avais qu’Hillary Clinton devienne la première Présidente du nouveau continent, et la chute à l’annonce des résultats été vertigineuse !
Mon pronostic reposait sur un résonnement simple (simpliste ?) : L’ex First Lady était la candidate adoubée par les médias, soutenue par des personnalités du showbiz et que tous les sondages donnaient gagnante. Avec ce tiercé gagnant, Il n’y avait dès lors, aucune raison, de mon point de vue qu’Hillary Clinton n’accède pas à la Maison Blanche ; Et qu’une femme succède à Barack Obama allait, je crois, dans le sens de l’histoire des Etats-Unis. Les électeurs du pays qui reste la première puissance mondiale en ont décidé autrement, dont acte.
En s’attardant sur la carte présentant les résultats Etat par Etat, il apparaît clairement que si les Etats qui abritent les grandes mégalopoles ont été favorables à la candidate démocrate, l’Amérique profonde s’est très largement mobilisée pour le candidat Donald Trump. Ce premier constat à chaud m’a rappelé l’analyse retrouvée dans l’ouvrage : « La France périphérique » du démographe Christophe Guilluy. Il s’agit d’une étude sérieuse et solide qui propose un nouveau découpage socio-économique (et électoral) des territoires de notre pays et qui s’attarde notamment sur la question des nouvelles classes populaires aujourd’hui retrouvées dans les zones périurbaines de l’hexagone.
L’analyse de Christophe Guilluy démontre de manière assez claire que les métropoles, qui tirent avantage de la mondialisation en générant les deux tiers du PIB national, s’opposent jusque dans l’exercice démocratique, aux territoires périurbains considérés comme les grands perdants de ce phénomène (désindustrialisation, recul du service public, vieillissement de la population, etc.).
Fort de ce constat, et quand on considère que ces territoires concentrent 80 % des classes populaires, l’essor du vote front national qui ne discontinue pas depuis une dizaine d’année peut trouver un bout d’explication. A mesure que les métropoles se développent et montent en puissance, les territoires périurbains eux voient leur vitalité s’éroder et se fragilisent. Le premier réflexe pour les populations frappées de plein fouet par cette « métropolisation à grande vitesse » est de se réfugier vers ceux qu’ils identifient comme étant « anti-système » pour se protéger.
L’auteur de la France périphérique explique que ce phénomène de mutation n’est pas propre à la France et touche l’ensemble des pays développés à des degrés divers.
Je suis tenté de croire que le séisme Trump, mais aussi le Brexit (Les électeurs Londoniens étaient favorables au maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE) ou encore la dernière élection présidentielle en Autriche doivent aussi être observés sous l’angle de l’opposition entre les métropoles et les territoires pour comprendre la profonde mutation qui s’opère sous nos yeux.

MF