Russie - Ukraine, " Le nerf de la paix ".
Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties
La semaine qui s’achève a remis la guerre Russo-Ukrainienne au cœur de l’actualité, alors que depuis quelques mois s’est installée, sur fond de lassitude et de fatigue mentale, une espèce de normalisation du conflit qui fait rage depuis février 2022. Les débats houleux à l’assemblée nationale, ponctués par les interventions officieuses et officielles du Président de la République ont fini par convaincre les français que nous étions proche d’un point de bascule et ce qui paraissait inenvisageable il y a quelques mois devient de plus en plus plausible : Oui l’Ukraine peut perdre cette guerre et les conséquences seraient dévastatrices à l’échelle internationale et particulièrement pour le continent européen. Nous y reviendrons plus loin.
Un vote à l’assemblée nationale qui a fini de clarifier les positions des différents groupes :
Les débats portant sur l’accord bilatéral de sécurité entre Paris et Kiev ont mis en évidence le contraste entre les différentes formations politiques présentes à l’Assemblée. En votant contre cet accord, les députés de la France insoumise, confortés par la poignée d’élus communistes, ont démontré qu’ils étaient prêts à abandonner chaque positionnement politique de raison pourvu que cela affaiblisse l’exécutif et le Président de la République au premier chef. Jean-Luc Mélenchon, qui ne siège d’ailleurs pas à l’assemblée nationale, n’a pas caché l’objectif qui continue de l’animer secrètement : l’élection présidentielle de 2027. « Après 2024 il y a 2027 », a-t-il lancé lors du meeting de lancement de la campagne pour les élections européennes de la France insoumise, sous-entendant que la question de l’Europe est accessoire mais surtout que la guerre qui frappe aux portes de l’Europe est un non sujet.
Les députés du Rassemblement national, en s’abstenant, ont très probablement refusé d’être associés à la position de l’extrême gauche mais ont surtout continué à nourrir l’ambiguïté des relations entre la famille Le Pen et le régime de Vladimir Poutine. Ambiguïté, qui a d’ailleurs été partiellement levée par des élus du RN, comme Thierry Mariani, député européen qui a soutenu la Russie au moment de l’annexion de la Crimée en 2014 et qui a refusé de condamner les exactions menées par les milices Wagner.
Même si l’issue du vote à l’assemblée nationale a conforté le soutien apporté par la France à l’Ukraine, on voit se dessiner sous nos yeux deux positions diamétralement opposées sur une question pourtant existentielle pour l’avenir du pays.
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Le prix d’une défaite de l’Ukraine :
Le ton délibérément grave employé par le Président de la République jeudi 14 mars, alors qu’il était interrogé sur le conflit Russo-Ukrainien avait, je crois, vocation à faire passer un message clair et explicite aux français : Le conflit entre les deux pays a franchi un nouveau palier en termes d’intensité et l’armée ukrainienne est probablement sur le point de céder. Les conséquences négatives d’une telle issue seraient multiples et très rapidement perceptibles, jusque dans la vie quotidienne des européens. J’en vois au moins trois principales.
- L’Ukraine sous occupation russe mettrait la population ukrainienne dans une situation humanitaire désastreuse et le régime de Vladimir Poutine ne fera pas l’économie d’exactions y compris en direction des civils qui seraient tentés de s’opposer. Il faut rappeler que pour de nombreux intellectuels russes et pour Vladimir Poutine lui-même l’Ukraine n’existe pas et que « Kiev est la mère des villes russes ».
- L’Ukraine est un vaste pays aux richesses très variées : Blé, maïs, gaz (2ème réserve d’Europe), pétrole en Mer Noire, etc. Au-delà de la nostalgie de l’Empire Russe, il y aussi des motivations purement matérielles qui ont encouragé le régime Russe à engager l’accaparation des terres de son pays voisin. Les conséquences seraient immédiates sur le cours des matières premières et pour l’économie des marchés européens.
- Il est admis que Vladimir Poutine méprise la faiblesse. Lui donner la possibilité de gagner cette guerre le mettrait en situation de force vis-à-vis de l’opinion russe et le pousserait à laisser libre cours à son ambition expansionniste. N’a t-il d’ailleurs pas déclaré « Les frontières de la Russie ne se terminent nulle part ». La Pologne, qui a entrepris un réarmement massif du pays ainsi que les pays Baltes redoutent ce scénario et s’inquiètent, à juste titre, des derniers atermoiements des pays européens quant au soutien qui doit être accordé à Kiev.
Une guerre lointaine ?
Le livre brillant de Christopher Clark, « Les somnambules : Comment l’Europe a marché vers la guerre en 1914 » examine les causes qui ont provoqué la première guerre mondiale. Il analyse notamment comment, un différend très localisé, peut par le jeu mécanique des alliances, dégénérer en conflit généralisé immaitrisable. Sommes-nous, un siècle après cet embrasement de l’Europe, dans une situation similaire ? Appartenons-nous, nous aussi à une génération de somnambules ?
Une chose est certaine, c’est que la sophistication des relations internationales entreprises depuis un siècle donne à cet effet mécanique un caractère encore plus direct. L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), considéré comme la pierre angulaire de l’alliance prévoit que toute attaque dirigée contre un État membre de l’OTAN sera considérée comme une attaque contre tous les membres et appelle donc une réponse collective.
L’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, certes, mais l’ensemble des pays limitrophes de l’Ukraine le sont. Une conquête de l’Ukraine par la Russie, suivie d’une simple agression du régime de Vladimir Poutine à l’endroit d’un de ces pays provoquerait un embrasement et une généralisation du conflit.
L’éventualité d’une guerre au cœur du vieux continent que certains considèrent comme un mauvais scénario de science-fiction est pourtant à prendre au sérieux… Très au sérieux.
MF