Vers un choc des civilisations ? 2/3
Impuissance de l’Europe et perte d’indépendance de la France
La multiplication des conflits militaires met tous les jours un peu plus en lumière l’impuissance de l’Union européenne en matière de politique étrangère. Pourtant la diplomatie et la guerre sont l’affaire par excellence de tout espace, qu’il soit étatique ou continental, qui entend exister et jouer un rôle sur la scène internationale.
Cette lacune, propre à l’Union européenne trouve ses germes dans le projet européen depuis sa création sous sa forme institutionnelle définit après-guerre. Car le projet Européen, quoi qu’on en dise, est projet économique avant d’être une ambition politique (La CECA est la première institution européenne). L’Europe est un vaste espace de libre échange composé de 500 millions d’âmes, et les institutions (commission, conseil) sont, pour l’heure, organisées pour traiter les questions d’ordre économique, commercial ou financier à l’intérieur des frontières. Si des institutions à vocation diplomatique existent à travers notamment la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), leur fonctionnement ne permet pas de définir une ligne politique claire et surtout de réagir dans les situations d’extrême urgence (chrétiens d’Orients, conflit Israélo palestinien, etc.).
L’Union n’étant pas un Etat fédéral au-dessus des Etats qui la compose, à l’image de ce qui existe aux Etats-Unis ou en Russie, chaque Etats a conservé toute sa souveraineté en matière de politique étrangère, et en pratique chacun entend bien la conserver pour faire valoir ses prérogatives et défendre ses propres intérêts.
La crise Ukrainienne en est le parfait exemple. L’Allemagne favorable à des sanctions économiques contre la Russie s’est heurtée au désaccord exprimé par des pays comme la Slovaquie (pour des raisons d’approvisionnement en gaz). Au même moment la présidente Lituanienne constate de son côté que la « Russie est en état de guerre contre l’Europe » et milite pour que l’Europe livre des armes à Kiev.
La France est, elle est sommée par les pays membres de l’OTAN de suspendre la vente de son Mistral aux Russes. Décision qui, si elle est confirmée, aura des répercussions immédiates sur le plan social en France et qui suscite de fait l’hésitation de l’Elysée.
Autant de positions que d’Etats qui privilégient leurs intérêts, et une situation bloquée par la nécessité d’obtenir l’unanimité entre les 28 Etats pour arrêter une ligne politique commune.
Concernant la France, on constate conflit après conflit une dérive atlantiste de plus en plus assumée par les exécutifs successifs. Renoncement à l’indépendance qui faisait pourtant la force et l’originalité de la politique gaulliste et résumée par De Gaulle lui-même « Si quatre ou cinq puissances mondiales se trouvent impliquées directement ou indirectement dans divers conflits […] nous ne sommes, nous, engagés nulle part et nous faisons le nécessaire pour n'être, le cas échéant, intégrés dans aucune guerre qui ne serait pas la nôtre.».
C’est cette doctrine qui est à l’origine du refus de la France de participer à la guerre d’Irak en 2003 et qui inspire le fameux discours de Dominique de Villepin devant l’ONU. Position unanimement saluée par les pays du sud à l’époque, qui perçoivent alors la France comme un grand pays qui a connu les affres de la guerre et qui veut universaliser le principe de la paix («après avoir gagné la guerre, il faut reconstruire la paix»).
La perte d’indépendance de la France au profit d’une politique unilatérale incarnée par l’OTAN (dont le commandement est assurée exclusivement par les États-Unis) a des conséquences lourdes sur la scène internationale dans le sens où la troisième voie autrefois incarnée par le pays s’efface au profit de blocs (États-Unis / Russie) et nous invite à vivre une deuxième édition de la guerre froide.